L'ancien Premier ministre Imran Khan lors d'un entretien avec l'AFP à sa résidence de Lahore, le 18 mai 2023 au Pakistan ( AFP / Arif ALI )
La Cour suprême du Pakistan a ordonné mardi que l'ancien Premier ministre emprisonné Imran Khan soit transféré à l'hôpital pour des examens médicaux, à la suite d'une requête de ses avocats invoquant une dégradation de son état de santé.
Détenu depuis 2023 après avoir été reconnu coupable de corruption, M. Khan, 73 ans, sera admis "dans les deux prochains jours" à l'hôpital Shifa International, dans la capitale Islamabad, a annoncé la haute juridiction composée de trois magistrats.
Cette ancienne star internationale de cricket aura par ailleurs la permission de rencontrer sa famille une fois par semaine et de s'entretenir au téléphone avec ses fils deux fois par semaine.
"Nous sommes conscients de l'obligation constitutionnelle et légale (...) de préserver la vie, la santé, la dignité et la sécurité des personnes placées en détention", a écrit la Cour suprême dans son jugement.
Le médecin personnel d'Imran Khan, Faisal Sultan, ainsi que sa sœur Uzma Khan — elle-même aussi médecin — "seront autorisés à continuer de participer à l'examen médical et au traitement du détenu", a-t-elle ajouté.
Et une commission médicale comprenant un ophtalmologue ainsi que des spécialistes en médecine interne et en cardiologie sera constituée pour assurer son traitement.
Aucun détail sur ses problèmes de santé actuels n'a toutefois été fourni mardi.
17 ans de prison
Imran Khan a été à la tête du gouvernement de 2018 à 2022 avant d'être évincé par un vote de défiance au cours d'une crise politique liée à des tensions avec la puissante hiérarchie militaire pakistanaise.
Il a été condamné à la fin de l'année dernière, avec son épouse, à 17 ans de prison pour des faits de corruption qu'ils contestent tous les deux.
Imran Khan et son parti, le Pakistan Tehreek-e-Insaf, soutiennent que les affaires intentées contre lui ont un caractère politique.
L'arrestation de l'ex-Premier ministre, qui jouit d'une importante popularité, avait déclenché en mai 2023 de grandes manifestations, dont certaines avaient généré des violences et conduit à des centaines d'interpellations.
Plus tôt cette année, M. Khan avait reçu un traitement ophtalmologique dans un hôpital, sa famille et son avocat affirmant qu'il a perdu presque toute sa vision de l'œil droit.
Le secrétaire général de son parti, Salman Akram Raja, a estimé que son transfert à l'hôpital constituait "une avancée majeure, une décision capitale, une grande bénédiction".
Dans une vidéo partagée sur les réseaux sociaux, il a appelé les partisans de l'ancien capitaine de l'équipe de cricket à respecter l'accord conclu par son parti avec le tribunal, aux termes duquel "il ne doit y avoir ni attroupement, ni agitation".
Près de 200 affaires
Entre accusations de violence, de corruption et même de mariage illégal avec sa troisième épouse, Bushra Bibi, entièrement voilée et qui ne s'exprime que très rarement, M. Khan est visé par près de 200 affaires.
En juillet 2024, un panel d'experts de l'ONU avait qualifié sa détention d'"arbitraire", réclamant sa libération "immédiate".
Des membres de la police de la circulation devant l'hôpital international Shifa à Islamabad, le 18 août 2026, après que la Cour suprême du Pakistan a ordonné le transfert de l'ancien Premier ministre emprisonné Imran Khan pour y recevoir des soins médicaux ( AFP / Aamir QURESHI )
Issu d'une riche famille de Lahore, Imran Khan, qui avait entretenu pendant sa carrière sportive une réputation de playboy jusqu'à son mariage avec Jemima Goldsmith, fille du magnat financier franco-britannique Jimmy Goldsmith, avait promis l'avènement d'un "Etat-providence islamique" et d'un "Nouveau Pakistan" à son arrivée au pouvoir en 2018.
Idolâtré par des millions de Pakistanais pour avoir mené l'équipe nationale de cricket, le sport roi au Pakistan, à sa seule victoire en Coupe du monde en 1992, il avait suscité un immense espoir.
Rompant avec sa jeunesse sulfureuse, il prônait un conservatisme religieux qui a plu dans un pays très majoritairement musulman. Il a aussi incarné l'espoir d'en finir avec les deux dynasties familiales - la Ligue musulmane du Pakistan (PML-N) de la famille Sharif, dont est issu l'actuel Premier ministre Shehbaz Sharif, et le Parti du peuple pakistanais (PPP) des Bhutto - qui monopolisent le pouvoir depuis des décennies avec l'armée.
En tant que chef du gouvernement, il a d'abord capitalisé sur son image d'incorruptible et la lassitude de la société à l'égard des partis traditionnels.
Mais la conjoncture économique - une forte inflation, la dépréciation de la roupie et le creusement de la dette -, la détérioration de la sécurité après l'arrivée des talibans à la tête de l'Afghanistan en août 2021, sa rhétorique revancharde et ses penchants conspirationnistes ont accentué les fractures de la société et précipité sa chute.

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